Agent de gardiennage, Antoine reçoit des insultes et même des crachats: "Ces derniers temps avec le Covid, c’est devenu insoutenable"

Depuis la crise Covid, certains agents de gardiennage estiment que la violence à leur égard a augmenté. Antoine, l'un d'eux, milite pour plus de moyens notamment matériels.

"Le système belge m'a abandonné". Ce sont les mots forts d'Antoine (prénom d'emprunt). Cet agent de gardiennage originaire de la province du Hainaut nous a contactés via le bouton orange 'Alertez-nous'. Il veut témoigner d'un ressenti qui émane du terrain: une violence croissante à l'égard de sa corporation et plus particulièrement depuis la crise covid.

Les agents de gardiennage exercent un métier qui les met en première ligne pour faire appliquer des directives qui pour certains peuvent paraitre contraignantes, infondées parfois. Masques obligatoires, distances dans les magasins, etc. Être rappelé à l'ordre peut parfois agacer. Et les agents de gardiennage doivent prendre le costume du gendarme à leurs dépens. Un uniforme trop large pour leurs épaules ?

La crise covid, la crise de nerfs? 

Antoine qui dit adorer son métier regrette les incivilités, voire la violence, de certains clients qui ne comprennent pas les mesures de sécurité prises en raison du coronavirus en Belgique. Nous vous en avions déjà parlé sur notre site en pleine crise. Cet agent de gardiennage depuis plus de 10 ans développe: "Ces derniers temps avec le Covid, c’est devenu limite insoutenable. On est arrivé à des stades où ce n’est plus faisable. On se bat pour un masque, maintenant. On leur demande de mettre un masque et ça peut très vite partir en bagarre. C’est de pire en pire."

C’est de pire en pire

"Le secteur du magasin, il n'y a pas plus compliqué" explique Antoine, marquant une différence avec ses collègues de secteurs où il n'existe pas de contact avec un public. "L’agression la plus courante est la verbale. On doit passer au-dessus de ça. On ne nous insulte pas vraiment, mais plutôt ce qu’on représente. On comprend un peu mais on reste des hommes, on n’est pas des machines." 

Mais dernièrement, Antoine dit avoir subi une agression qui fut pour lui la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Tout est parti d’un simple problème commercial avec une seule personne et "ensuite, ils sont arrivés à plusieurs. Une des personnes a vrillé complètement. Je me suis fait cracher dessus. Mon collègue pareil. Le ton est monté. On nous a séparés car cela allait être la bagarre." 

De cette triste expérience, Antoine retient la frustration et le mépris que certains peuvent afficher envers sa profession. "On n’est pas considérés comme un métier important, mais secondaire alors qu’on est en première ligne pour beaucoup de choses", estime-t-il se souvenant de la période des attentats entre autres.

AurélieCarette

L'exemple 'Sécurail'

Face à ce constat, notre alerteur milite pour plus de moyens matériels notamment. Pour rappel, les agents de gardiennage n'ont droit à aucun outil spécifique pour intervenir et/ou se défendre. "On nous dit de faire des choses, mais on n’a rien. On peut se défendre mais face à un couteau, vous feriez quoi ?". Antoine prend l’exemple de 'Sécurail', les agents de sécurité du rail belge. Selon lui, ce secteur a évolué avec les réalités du terrain. "Ce sont des personnes qui ont plus de contacts avec la police. Ils sont considérés. Ils ont les moyens administratifs, mais aussi du matériel : des menottes, bombe à poivre, etc. Il ne faut pas en faire n’importe quoi. Mais nous, on n’a pas les moyens. Essayez de retenir quelqu'un 20 minutes au sol, c’est épuisant sans matériel. C’est inconcevable." 

Un débat ouvert 

Même son de cloche à la CGSLB qui abonde dans ce sens: "A la STIB et à la SNCB (Sécurail), les agents ont des moyens pour se défendre ce que les agents de gardiennage n'ont pas" remarque Aurélie Carette, responsable sectorielle nationale à la CGSLB. "La base serait d'avoir un gilet (de protection), des menottes, une matraque télescopique. D'avoir des moyens quand l'agent est seul face à un client mécontent." L'association professionnelle pour le secteur du gardiennage (APEG) se montre plus prudente en la matière et met en lumière les formations poussées d'agents de gardiennage. Jan Cappelle et le CEO de l'APEG: "On ne trouve pas que ce n'est nécessaire. Les personnes ont la formation adéquate pour se protéger elles-mêmes et désamorcer les situations qui existent dans le cadre de leur travail." 

JanCappelle

L'usage des armes et la possibilité d'utiliser la force et la contrainte sont, en principe, réservés aux agents de la force publique, rappelle le SPF Intérieur. En 2017 (période post-attentat), une évaluation de l'usage des armes par les agents de gardiennage privée a eu lieu. "Finalement, il a été décidé de ne pas s'écarter du principe existant de l'interdiction du port d'armes, sauf pour un certain nombre d'exceptions très précises, comme le transport d'objets de valeurs ou la protection des personnes" explique le SPF Intérieur. L'administration dit ne pas disposer pas d'éléments qui nécessiteraient une révision de ce poste à l'heure actuelle.

Pour le SPF, équiper plus lourdement les agents de gardiennage ne représente pas une solution: "Le simple fait d'accorder des pouvoirs (de police) et des moyens supplémentaires à l'acteur privé au sein de cette chaîne de sécurité ne permettra ni de prévenir ni de résoudre les problèmes de sécurité." Et de rappeler: "Quant à l'utilisation de vêtements de protection (tels que des gilets pare-balles ou des gilets pare-coups), elle n'est pas interdite et les entreprises sont libres de les fournir ou non à leurs agents de gardiennage."

Des plaintes inutiles, selon Antoine

Pour la CGSLB, l'une des alternatives pour améliorer la sécurité des agents de gardiennage serait le travail en binôme. "Avoir un deuxième agent ou un agent mobile qui se promène là où il y a plusieurs magasins", propose Aurélie Carette. Une proposition qui emballe Antoine: "A l'heure actuelle, on devrait travailler minimum en binôme, surtout dans ce secteur-là."

Après s'être fait cracher dessus, Antoine dit être allé déposer plainte. "Là, on me dit que c’est une violence légère. Ça ne sert à rien." Une position qui a fini par dissuader l'agent de gardiennage de poursuivre sa démarche. Pourtant pour l'APEG, déposer plainte peut s'avérer nécessaire: "On le voit de plus en plus dans des discussions avec de magistrats qui confirment que les plaintes quand elles arrivent devant le procureur, elles sont prises au sérieux et les auteurs sont poursuivis. Il y a tout intérêt de porter plainte", conseille Jan Capelle aux membres de son secteur.

Se mettre dans une positon agressive ou violente ne va rien résoudre

Dans une récente étude menée par la FGTB, 88% des Belges disent avoir du respect pour les agents de gardiennage. Or, seuls 19% de agents de gardiennage ont le sentiment d'être respectés. Un décalage difficilement explicable. "L'objectif est de demander au public d'avoir du respect pour tous les métiers de sécurité et d'expliquer que les gens de se métier ont du respect pour les citoyens", insiste Jan Capelle. Et de conclure: "Se mettre dans une positon agressive ou violente ne va rien résoudre. Aussi bien le policier que l'agent de gardiennage, il applique des règles. Ce n'est pas en étant violent que les règles ne vont plus s'appliquer aux citoyens."

La fonction d'agent de gardiennage figure sur la liste des métiers en pénurie.

Corentin Simon, Maxime Simon, Taoufik Talbi

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